Alors, on parle souvent des voitures électriques (VE) comme la solution miracle pour nos routes belges, une façon de dire adieu aux gaz d’échappement et de respirer un air un peu plus pur. Mais soyons francs, la question qui taraude beaucoup d’entre nous, c’est : « Oui, mais l’impact réel, sur toute la chaîne, il est où ? ». C’est une excellente question, et elle mérite qu’on s’y attarde. Fini le blabla marketing, nous allons discuter du véritable impact écologique des voitures électriques en Belgique, en allant au-delà du simple pot d’échappement.
Je me souviens d’une discussion animée à un salon auto à Bruxelles en 2024. Un gars, un peu sceptique, me demandait : « C’est bien beau de dire qu’elles ne polluent pas en roulant, mais pour les fabriquer, alors ? ». Et il avait raison de se poser la question. L’histoire d’une voiture électrique ne commence pas sur la ligne d’assemblage, ni même en branchant sa prise sur une borne de recharge de TotalEnergies ou d’Ionity. Elle démarre bien avant, à des milliers de kilomètres de chez nous, dans les entrailles de la Terre. C’est là que le bilan écologique de la chaîne d’approvisionnement des VE prend tout son sens. L’année 2026 nous offre déjà pas mal de recul pour mieux comprendre ces enjeux.
Les matériaux : le début du grand voyage
Quand on parle de batterie de VE, on pense immédiatement au lithium. Mais il y a aussi le cobalt, le nickel, le manganèse, le graphite… tous ces éléments qui sont les « ingrédients » de votre batterie de 60 kWh. L’extraction de ces métaux n’est pas sans conséquence. Non, ce n’est pas comme cueillir des pommes dans un verger. Les mines, qu’elles soient à ciel ouvert ou souterraines, modifient le paysage, peuvent user beaucoup d’eau et, parfois, générer des déchets miniers qui doivent être gérés.
Par exemple, le cobalt, souvent extrait en République démocratique du Congo, a été au centre de débats éthiques et environnementaux assez vifs. Mais l’industrie ne reste pas les bras croisés. Je vois des progrès. Les fabricants de batteries cherchent de plus en plus à réduire leur dépendance au cobalt, en favorisant par exemple les batteries LFP (Lithium Fer Phosphate) qui en sont exemptes ou les chimies à haute teneur en nickel mais à faible cobalt. C’est une bonne nouvelle, car cela allège l’empreinte de ce premier maillon de la chaîne.
La provenance, ça change tout
On parle beaucoup de la « traçabilité » des matériaux. Des initiatives européennes, et même belges, visent à s’assurer que les minerais utilisés viennent de sources responsables. Pour la Belgique, qui est une plaque tournante logistique et industrielle importante en Europe, s’assurer que les VE qui arrivent chez nous respectent ces standards devient une préoccupation. C’est un travail colossal, je l’admets, mais c’est un engagement réel vers une chaîne d’approvisionnement moins lourde écologiquement.
La fabrication : l’énergie cachée
Une fois les métaux extraits et raffinés, direction les usines. Là aussi, il y a de l’énergie consommée, et donc une empreinte carbone. La fabrication d’une batterie, puis l’assemblage de la voiture entière, ça demande de l’électricité. Beaucoup d’électricité. C’est là que réside une part significative de l’empreinte carbone initiale d’une VE, avant même qu’elle ne prenne la route.
Mais encore une fois, les choses bougent. Je vois des constructeurs automobiles, y compris ceux qui sont bien implantés sur le marché belge, qui investissent massivement dans des usines alimentées par des énergies renouvelables. Panneaux solaires géants, éoliennes sur site… L’objectif est clair : décarboner la production elle-même. Quand une usine utilise de l’électricité verte, l’impact carbone de la fabrication de la voiture baisse en flèche. C’est un aspect fondamental à prendre en compte. Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas la fumée sortir d’une usine belge que son impact est nul, mais il est clairement en train de s’améliorer.
Le transport : le voyage sans fin ?
Les matières premières viennent d’un bout du monde, sont traitées ailleurs, les batteries assemblées encore un peu plus loin, et la voiture finale produite dans une autre usine, souvent en Europe ou en Asie. Tout ça, ça se transporte. Par bateau, par train, par camion. Et chaque kilomètre parcouru ajoute son petit plus à l’empreinte carbone globale.
L’optimisation logistique est une priorité. Raccourcir les chaînes d’approvisionnement, localiser davantage la production, c’est l’un des leviers. Si les constructeurs parviennent à produire leurs batteries plus près de leurs usines d’assemblage en Europe, par exemple, le coût environnemental du transport diminue. En Belgique, nous sommes au cœur de l’Europe, ce qui nous place en position privilégiée pour bénéficier de ces efforts de relocalisation.
La fin de vie : l’avenir est dans le recyclage
Une question souvent posée est : « Qu’est-ce qu’on fait des batteries usagées ? ». C’est là que le cycle vertueux doit vraiment se fermer. Une batterie ne finit pas forcément à la poubelle après 8 ou 10 ans dans une voiture. Non, pas du tout !
D’abord, il y a la « seconde vie ». Une batterie qui n’a plus l’autonomie WLTP suffisante pour une voiture peut encore être parfaite pour du stockage d’énergie stationnaire. Pensez à une batterie qui stocke l’électricité des panneaux solaires de votre maison ou aide à stabiliser un réseau électrique local. C’est une solution de rechange très intelligente qui prolonge la vie utile de ces précieux matériaux.
Ensuite, le recyclage. C’est une partie l’avenir des métaux rares dans la production de VE belges, on pourrait même dire l’avenir tout court. Les technologies de recyclage des batteries progressent à pas de géant. Des entreprises, dont certaines sont basées en Belgique ou ont des partenariats belges, sont capables de récupérer le lithium, le cobalt, le nickel, et d’autres métaux avec des taux d’efficacité impressionnants, parfois plus de 95 %. C’est un peu comme faire revenir des bouteilles en verre pour qu’elles soient fondues et refaites : on n’a pas besoin d’extraire de nouvelles ressources en permanence. Cela réduit considérablement l’empreinte environnementale de la voiture électrique sur l’ensemble de son cycle de vie.
La Belgique dans tout ça : notre mix énergétique compte !
Parlons de notre pays. L’impact écologique d’une voiture électrique, une fois qu’elle roule, dépend directement de l’origine de l’électricité qu’elle consomme. Si votre voiture est branchée sur une borne de recharge rapide du réseau Ionity, et que l’électricité vient d’une centrale au charbon, l’équation est moins favorable. Heureusement, en Belgique, notre mix énergétique s’améliore. De plus en plus d’énergies renouvelables (éolien, solaire) sont injectées dans le réseau. Plus notre électricité est verte, plus votre voiture électrique l’est aussi, jour après jour. C’est logique, non ?
Les différences régionales aussi jouent un rôle. En Wallonie, en Flandre ou à Bruxelles, les incitants pour les particuliers et les entreprises à passer à l’électrique ne sont pas toujours les mêmes. Les subventions régionales peuvent varier, influençant le rythme d’adoption. Cela dit, l’objectif commun est de « verdir » notre parc automobile. La fiscalité belge favorise de plus en plus les VE, notamment pour les entreprises, ce qui accélère la transition. Et même si l’autonomie en hiver est un peu moins bonne qu’en été (c’est physique, la chimie des batteries n’aime pas le froid, un peu comme nous !), les progrès sont là.
Finalement, le bilan écologique de la chaîne d’approvisionnement des VE, ce n’est pas une image fixe. C’est un film en constante évolution. Oui, il y a des défis, des mines à gérer, des usines à décarboner. Personne ne dit le contraire. Mais l’industrie apprend, s’améliore, innove. Les technologies de recyclage et l’utilisation de matériaux plus durables progressent vite. L’objectif est clair : fabriquer des voitures électriques qui sont non seulement zéro émission à l’usage, mais aussi les plus « propres » possible de la mine à la seconde vie. C’est une ambition énorme, mais je suis convaincu que nous sommes sur la bonne voie. Les progrès constants dans la décarbonation de la production et le suivi des émissions indirectes des VE nous montrent un chemin prometteur.
En conclusion, si on regarde l’ensemble du cycle, une voiture électrique a bel et bien une empreinte carbone initiale plus élevée qu’une voiture thermique. C’est un fait. Mais sur l’ensemble de sa durée de vie, elle gagne haut la main. Surtout avec une électricité de plus en plus verte et des filières de recyclage de plus en plus efficaces. L’avenir de l’électrique en Belgique est prometteur, pas seulement pour nos poumons, mais pour l’environnement dans sa globalité.
Pour ceux qui veulent approfondir, je vous recommande ces lectures :
- Une étude récente sur l’empreinte carbone des batteries : Nature Energy – Life Cycle Assessment of Lithium-Ion Batteries
- Un rapport de l’Agence Européenne pour l’Environnement sur les VE : European Environment Agency – Electric vehicles and the energy sector
N’oubliez pas que chaque choix que nous faisons a un impact. Et opter pour l’électrique, c’est choisir un avenir où cet impact est de plus en plus léger, année après année. C’est un beau pari, non ?